Regarde-moi pas.
Avec un titre d'article aussi pourri, vous devez sûrement vous dire, mes chers brebis, que votre Yokeshi national a déjà perdu son inspiration et que les jolies phrases appartiennent désormais au passé. Mauvaise pioche: vous êtes comme La Mort un jour de taf. Vous avez tout faux. Premio je suis motivé pour vous pondre un pavé qui retranscrira au mieux le peu de sympathie que j'éprouve vis-à-vis de ce flim ultra-médiatisé de notre réal frenchie propret et bien coiffé de service, deuxio je ne me sens pas faible du tout question jeux de mots. C'est juste que là, avec si peu de syllabes (même pas six en fait), je ne pouvais faire mieux. J'avais songé à "Le Quatorzième Lettre de l'Alphabet", mais franchement, c'était un peu trop tiré par les cheveux du skinhead. Du coup, me voilà de nouveau avec vous pour un torchage de critique pas piqué des gobelets.
Si j'ai choisi de plancher sur La Haine après vous avoir fait l'éloge de Seul Contre Tous, ce n'est évidemment pas un hasard, ces deux films étant du point de vue de ma petite personne le symbole d'une opposition radicale entre deux réalisateurs de la même génération, du même milieu et d'un talent similaire au service de la mise en forme de leurs bébés. Et, en plus, quand on sait que le père Nahon fait une apparition (en flic défenseur de merguez si j'ai bonne mémoire), eh ben le doute n'est plus permis quand au bien fondé de cette chronique. Et pis le bien-fondé, on s'en bat un peu les couilles, hein, m'excuserez mes agneaux en sucre, mais nous n'avons ni l'étoffe des humoristes de Matière Focale ni la crédibilité des intellectuels de chez Film de Culte. Ici sur Nouvelle Flaque, ce qu'on dit c'est pour s'amuser tous seuls, comme des grands, se faire plaisir en solo, à se pianoter la zigounette sur des jeux de mots faciles et stériles... mais avec le sourire, toujours (d'ailleurs là je m'adresse à ma main gauche pendant que la droite se saigne les phalanges en va-et-vients). Donc en bref - et vous l'aurez bien compris - on s'en fout. Voili Voilou.
Là, j'entame la partie chiante de la chronique, après ça rassurez-vous, il y'en aura une autre (de partie). Mes souvenirs de ce second film du gars Kassovitz remontent à l'époque où je tappinais dans les rues mal famées de Budapest pour financer la mise en scène d'un documentaire sur les coiffeurs en faillite habitant à côté des hôpitaux pratiquant la chimiothérapie. Finalement quand j'y repense, tous ces crânes chauves avaient un rapport évident avec La Haine. Car en effet, dans La Haine, il y'a des crânes chauves. Rasés, pour être plus précis. On en voit, à un moment, dans la rue, fiers comme des castors sur leur tas de rondins, à narguer nos trois héros en perdition. Y sont méchants, parce que c'est des skinheads, voyez-vous. Des "boneheads" pour être plus précis. Des vilains, quoi... Même que Kassovitz joue l'un d'entre eux. Un pari de ouf, mais un pari relevé faut bien l'avouer... Dans le genre prise de risque on avait pas fait mieux depuis l'interprétation d'un associé de curé par Carpenter dans The Fog... ... ... Bon, là, en gros, c'est le moment où les petits enfants, avec leur regard de doubles chibres et scellés par une vois niaise, me crient en choeur: "Waaaais mais nous on veut le pitch, Kopfkino, nous on veut le pitch !!!". Et je leur donne, évidemment.
En gros c'est l'histoire de trois lascars de banlieue. Un black, un blanc et un beur. Ils n'aiment pas les flics parce que les flics les tabassent, et que la téci peut péter d'un moment à l'autre donc en gros c'est la rebelle attitude. Mais chacun de ces trois lascars a un esprit différent. Le premier (Hubert), est un sage, partisan de la paix et de la reflexion. Le second (Vinz), est un type nerveux, frustré, mal fringué et sous pression, un peu comme la cocotte-minute de mémé mais sans le pfiouuuut qui va avec, et le troisième (Samir) est un djeun rebeu un peu relou qui vanne grave et qui en a marre de sa vie de paumé (comme les deux autres en fait). Depuis le passage à tabac d'une connaissance non-fumeuse, Abdel, la cité peut péter d'un moment à l'autre, parce que les gens y z'ont LA HAINE. Et la haine, ça peut te faire faire des trucs de guedin. Comme avoir envie de tuer un keuf. Coup de bol: Vinz a réussi à pécho un flingue, et il compte bien s'en servir un jour ou l'autre. Mais ces choses-là ne plaisent pas à son pote Hubert, qui, plus inspiré par la voie du Bouddha que par les canons, essaie désespéremment de lui faire comprendre son erreur. Malgré tous ses bons mots, Vinz s'en fout, il est comme Bobby dans "Taxi machin" de Scorquinze, il est tout seul, il a la haine en lui, et il va faire comprendre à la société entière que vivre dans la téci ça craint du boudin. Comment ? En tuant un keuf, tiens !
Tout le scénar du film tient en réalité sur son enjeu: Vinz tuera-t-il ou se repentira de ce qu'il n'a pas commis ? A la base et c'est un peu vrai, on s'en fout. Si vous nous lisez c'est que vous avez du temps à perdre. Et si vous avez du temps à perdre sur un bloog de cinéma pourrave vous n'êtes pas du genre à vivre dans la téci, avec la tension un peu partout et du bonheur à grapiller. Donc, en gros, vous ne vous sentez pas concernés. Et vous avez raison, parce que ce film ne s'adresse pas à vous. Ni aux keufs. Ni au cinéma. C'est avant tout un manifeste brangueballant (je kiffe ce mot mes agneaux), bourré de clichés (donc riche en photographie ? Non...) et passablement démago. Voilà en gros les reproches du fond. Pour la forme, Kassovitz sort d'une école de cinéma je crois, donc c'est bien foutu. Le noir et blanc s'adapte bien aux structures des immeubles, aux vaches, aux T-Shirt de Cypress Hill, et l'utilisation des avant-plans est souvent bien sentie (voir la tof du dessus). Il y'a donc à voir et à contempler si on n'adhère pas au message véhiculé ou si on s'en bat les steaks. On peut toujours contempler, mais là encore il y'a un léger problème, car question contemplation ce film doit sûrement plus à Malik Oussekine qu'à Terrence Malik. Peut être aurait-il fallu que le réal de Badlands se fasse tataner à mort par une bande de keufs pour donner à Saint Mathieu l'élan d'inspiration dont il a besoin. Triste constat mes brebis, mais constat avant tout. Donc des images, des sons, du bruit qui génère parfois de bonnes choses, le film en est pas bourré mais n'en manque pas.
Pour le reste, ça daube la quiche et je m'éviterai soigneusement un débat socio-philosophique sur le bien-fondé de pareille réalisation, rageuse mais dénuée de tout relief car elle tient dans la volonté de faire réagir alors qu'il n'y a pas à réagir, mais à penser.
Fin de la partie chiante.
Début de la partie chiante numéro deux.
Wesh mec, donc en gros tu te sens pousser des ailes, alors que t'es cloué au sol ? Wesh mec, je vais te dire une bonne chose: il y'a des types chanmés partout, et faut pas être chanmé. Parce que c'est mal. Si tu veux tuer un keuf, ben t'as rien pigé. Tu vas détruire ta life, man.
Il est vien vrai qu'en 1995, le petit Mathieu ne s'était pas foulé la focale en nous posant ce brûlot froid sur la table, qui se voulait constat mais qui était en fait bien plus contestataire qu'autre chose. Moi, les mecs qui pètent dans la soie depuis leurs premières biberonnades dans l'utérus de maman et qui se permettent de défendre la cause de gens qui vivent mal entre des pans de béton me les brisent sévère. Ou génèrent mon indifférence la plus totale. Là, c'est le cas mes agneaux. Alors je m'efforce de grapiller de-ci de-là quelques qualités visuelles histoire de ne pas dire que c'est tout vilain tout caca. Y'a du beau là-dedans, à petite dose mais y'en a. Quelques scènes bien torchées comme la finale, qui laisse sur le carreau, à moins que l'on ne regarde le film dans une salle de cinéma (le jour où vous me trouvez une salle de cinoche carrelée je vous offre mon chapeau). La finale, disais-je, qui est peut être bien le seul moment fort de ce p'tit film gentillet, avec ce travail de mixage remarquable, qui fait qu'on sursaute à chaque fois quand le gars se fait péter le pamplemousse par le facho. Donc en long, en large et en travers de porc, à part la fin on s'emmerde un poil et même un postiche si on est pas motivé par le sujet ou par les images. Parce que de la figuration, en plus, y'en a pas mal. Notemment des petites apparitions type "mes copains du show-biz ont joué dedans donc c'est bon vas-y bouffe". Du genre Karin Viard dans une expo. Ou Vincent Dindon, pantelant comme un Lindon, bourré jusqu'au trognon. Ou Benoît Magimel (me souviens plus) et le père Montoute (me souviens plus non plus). Bref un peu de beau monde dans ce monde de brutes pour un effet "Je milite, et je suis une star"... à part ça que dire ??? Que le jeune rebeu (Karim) joue plutôt bien, avec de temps en temps un côté plus petit écolier que petit beur quand Hubert Koundé, limite impérial (là, je déconne mes brebis), vient lui tapper la tchatche. Vincent Cassel est égal à lui-même, c'est à dire nul. Et son imitation de Bobby dans Taxi Driver (Vous savez, le film avec Samy Naceri sur Play Station), manifestement légendaire dans les milieux chébran du slip type Secteur Ä, est d'une fausseté totale. En plus avec son look de quenelle et son charisme de foie de volaille congelé, le malheureux n'arrange pas les choses. Reste un physique atypique, mais c'est maigre...
Pour ce film pantelant, mes chers agneaux, je ne dévelloperai pas d'avantage un négatif qui semble voué à ne pas livrer du positif. On en restera donc là... et on arrêtera de jouer les voltigeurs, hein...
On t'aime quand même, mon p'tit Kasso.
On dira juste pour te faire un peu chier (dans ta soie), que depuis quelques années une redondance et une facilité caricaturale pourrissent le cinéma français dit "subversif" dont tu t'es cru bon réprésentant. Le cinéma subversif, ou plutôt le cinéma qui fait réagir par rapport à ta condition de merde, matériel exclu, ouais...
"La Haine" en est le poison principal.
"Seul Contre Tous", l'antidote.
Clapotis