[Cristaux, fer, ou Alken], cette ville de l'Allemagne de l'Est dans laquelle je me suis perdu un jour de promo... quel mot choisir pour l'entrée en matière d'un article aussi laborieux ? Peu importe, les trois feront l'affaire puisqu'ils reconstituent à merveille le nom intégral de l'immense Christopher Walken.
Immense, vous dis-je... et c'est bien peu dire en fait. The Deer Hunter, Heaven's Gate, Dead Zone, At Close Range, The King Of New York, True Romance, Pulp Fiction... pour chacun de ces films et bien d'autres un rôle aussi anguleux et dur que son visage, et pour chaque interprétation une maestria sans équivalent. Et oui mes brebis, Walken, c'est la grande classe, le summum de l'élégance meurtrière, la force obscure, la révérence et la puissance contrôlée qui vous pulvérise les meilleures mimiques de Pacino en un battement de cils nonchalant. Walken, c'est d'abord un regard: un regard noir, glacial et fixe, qui hypnotise et subjuge. Un regard dans lequel on semble se perdre tant il est profond, comme ouvert sur les méandres de son jeu d'acteur labyrinthique. Walken, c'est ensuite une démarche: la démarche d'un guêpard, d'une murène ou d'un serpent. Peu m'importe l'animal en fait, tant que l'on me parle de prédateur. De prédateur... intelligent. Violent. Magnifique. Beau dans sa laideur. Laid dans sa beauté... Chaque trait de son visage est une ligne gravée sur sa peau par la griffe du Malin en personne. Chaque mot qui sort de sa bouche sévère est contrôlé de la première à la dernière lettre par les esprits entrelacés du Seigneur et de Satan. Chaque mouvement qu'il exécute a un but et un sens profond. La claque du charisme au moindre petit mouvement de doigt... Le regard assassin. La violence la plus effroyable contenue et insoupçonnée dans le plus insignifiant geste. La classe absolue, merde ! Divine et démoniaque, avec ça. Car je vous le dis sans esclandres mes agneaux: si Dieu ou Belzebuth eux-mêmes devaient être matérialisés dans le corps et l'esprit d'un acteur, alors ils ne pourraient être autres que Walken, Christopher... Mais avant d'attaquer les qualités de l'interprète intelligent, jouissivement charismatique et plus subtil qu'un rêve de phalène qu'est Christopher Walken, procédons à une petite biographie pas piquée des fourchettes, dans laquelle j'ai pris grand soin de décortiquer un à un (presque) tous les films où a officié ce dieu vivant de l'actorat...
Ronald Walken naît le 31 mars 1943 à New York d'un père allemand et d'une mère écossaise. C'est cette dernière qui, souhaitant le voir devenir acteur, va le pousser à tenter une carrière artistique. Danse, chant... et théâtre. De ses trois activités de jeunesse, Christopher n'en gardera qu'une seule et en fera sa passion. Vous avez deviné que, même si on l'a vu il y'a quelques temps dans un clip aérien du faméliquement talentueux Fatboy Slim, ce n'est ni la danse ni le chant que Walken retiendra mais bien l'actorat. Il débute donc sur les planches, et ses interprétations sur scène feront quelques vagues qui viendront caresser l'esprit intuitif d'un certain Sydney Lumet. A cette époque (c'est à dire en 1971), le jeune Walken a déjà à son palmarès des rôles dans quelques réalisations pour la téloche dont une avec Elia Kazan et l'autre avec Jonhatan Demme, qu'il retrouvera huit ans plus tard pour Meurtres en Cascade... En 1971, donc, le père Lumet l'embauche dans son film The Happiness Cage. La carrière du prédateur est lancée... suivront deux autres films puis, en 1977, Annie Hall de Woody Allen, le gars qui l'a mauvaise (l'Allen), un film qui le fera cette fois-ci connaître au grand public. Après, que du plaisir mes brebis: retrouvailles avec Jonhatan Demme pour le film dont je vous ai parlé quatre lignes plus haut, et - sortez cuivres et violons, étendards et cotillons - Voyage au bout de l'Enfer, autrement dit The Deer Hunter, le chef d'oeuvre absolu-qui-tue-la-mort-et-lui-fourre-sa-faux-dans-le-cul réalisé par Michael Cimino... petite devinette au passage, histoire de vous détendre les neurones avec un jeu de mots vu que cet article n'en est pas vraiment riche: pourquoi Michael vaut trois fois deux gamins ? Parce que Michael Six Minots... Marrant, n'est-ce pas ? Bien. Reprenons donc on nous nous étions arrêtés: The Deer Hunter. Une interprétation magistrale de Bobby de Niro, mi-figue mi-raisin de la colère, et, juste en face de lui, celle qui fit dat(t)e de Christopher Walken. Souvenez-vous, cette confrontation finale dans un taudis de Saigon, au cours de laquelle Walken retranscrit la folie d'un homme ordinaire avec une expression perdue, glaciale, suintant les espoirs perdus et l'avenir inexistant. Fantôme de lui-même, le champion de roulette russe nous fait descendre les montagnes du même nom d'un simple doigt posé sur la gâchette. Il va même jusqu'à cracher à la gueule de Robert ! Merde ! Vous en connaissez beaucoup vous, des acteurs qui ont déjà craché sur De Niro ? Bon. Sublime scène, tout en chassés-croisés et larmes de sang, peut être l'une des plus belles sur lesquelles mes paupières ont eu l'occasion de valser... ce face-à-face... aaah, magie de l'instant... oooh, beauté terrifiante de ce regard figé, qui veut pleurer mais n'y parvient pas. Le regard de Walken ! Walken le plus grand ! Walken-De Niro, 1-0... Putain de putain mes brebis, combien de fois devrai-je vous répéter que tout est dans l'expression, absolument TOUT (n'hésitez pas à me contacter si vous avez trouvé la clé du regard dépossédé que Walken lance à Robert de Niro avant de se tirer une balle dans la tête... J'ai déjà le coffre et le cadenas.) Bref, après son apparition plus que remarquée dans ce masterpiece, Christopher obtient l'Oscar du meilleur second rôle. Et c'est bien normal après tout... la suite ne fera que répondre aux attentes d'un public qui, entre charme et répulsion, ne sait encore choisir son camp face à l'acteur. Walken n'étant pas un acteur docile pour son public, ce dernier choisira les deux camps. Belle preuve de gloutonerie cinéphile. Mais la gourmandise n'est pas un vilain défaut, et c'est ce que Walken le divin pruneau vient prouver au monde entier avec Les Chiens de Guerre de John Irvin, en 1980. N'allez pas croire (et surtout n'allez nulle part, je n'ai pas encore terminé) que ce film relate les aventures de canidés armés jusqu'aux dents. Non non non, il s'agit simplement d'un bon gros film de derrière les pédés anglais (faggots), avec un Walken plus impérial que le plus impérial des nems impériaux, un Tom Berenger à deux tirs d'obus de son rôle dans Platoon, des scènes d'action furyeuse à vous défroquer un Chuck Norris et du mitrallage à fond le caisson. Après ce tintamarrant blockbuster qui tonne, un brin vieillot mais plein de sève et de poudre, Christopher Walken ne s'assagit pas, bien au contraire. Pour le prouver mieux que de simples mots sur un bloog effrité du pixel, un simple visionnage de Tout l'Or du Ciel (assez méconnu mais prenant), et du superbe Heaven's Gate de Cimino (on ne change pas les couches d'une équipe qui gagne)... Nous sommes en 1984. Trois ans se sont enculés sans que Walken ne joue dans le moindre petit film... à son actif: aucun navet pour l'instant, et deux chefs d'oeuvre qu'il marqua de son regard et de sa voix. Nous sommes en 1984, donc, et l'acteur reconnu (dans la rue et ailleurs) qu'est Walken se voit proposer un rôle de docteur dans Brainstorm de Douglas Trumbull (pas la peine de me regarder comme ça mes chères brebis, non, je m'éviterai de tomber dans le piège d'un jeu de mot trop facile sur le nom de ce malheureux... hop). Brainstorm, donc... wah bah ! Première série B et premier film fantastique dans sa carrière, cette réalisation dans laquelle Walken élargi son éventail de jeu en s'essayant à des mimiques faciales cocasses lui permet d'envisager une relation avec le cinéma de genre, qu'il avait jusqu'alors fuit au profit du dramatique. En tous les cas, Brainstorm (d'après les souvenirs que j'en ai, hein), est une série B avec un B majuscule, une série B qui sort du lot, qui fait réfléchir même, et, quoiqu'aujourd'hui un peu poussiéreuse à l'image (après tout personne ne vous empêche d'acheter des lingettes swiffer), son style approché d'un Cronenberg et ses bonnes idées scénaristiques caressent l'oeil dans le sens du cil et le cerveau dans le sens du bulbe. Je vous ai parlé de Cronenberg ? Dingue, puisque le film suivant dans lequel jouera Walken - toujours en 1984, comme le roman mais sans Orwell - n'est autre que le génial Dead Zone, du non moins génial David Cronenberg. Un film de médium qui s'ignore (ah ah), adapté d'un roman du King Jouet de l'horreur. Interprétation superbe, tout en expressions foldingotes, scènes martyrisantes et professionalisme exemplaire de Walken qui semble, à chaque regard fixe et froid lançé, défier le spectateur, l'acteur, le réalisateur et la caméra en même temps. De la très très belle ouvrage. Après cet interlude fantastique, Walken revient, l'année suivante, à un cinéma plus joyeux avec un épisode de James Bond, Dangereusement Vôtre. S'acoquinant avec les grandes stars de demain, soit Roger Moore, Duran Duran (Guillaume Guillaume si vous préférez) et la black aux jambes interminables Grace Jones ("Graisse Jaune" comme la surnommait notre regretté Aiwass), le grand Christopher prouve qu'il peut jouer les méchants avec brio(che). Ce rôle aux côtés de Roger Moore (encoore, encoore !) ne lui fait donc pas faux James (faux bond, quoi, mmmphf), au contraire, vu qu'il joue, comme je l'ai dit, un vilain méchant pas beau tout moche dans sa grandiose magnificience et sa beauté incroyablement grandiloquente... Je vous laisse le temps d'assimiler cette phrase pompeuse et tuméfiée, complètement inutile au demeurant... C'est bon ? On enchaîne donc avec Deadline, de Don Stevens, un film sur le conflit israelo-palestinien que je n'ai pas vu mais qui doit être pas mal du tout. D'ailleurs, à propos de conflit israëlo-palestinien, ça me rappelle un sketche de Dieudonné qui... d'accord, vous vous en foutez. De toute façon, mieux vaut un mauvais Christopher qu'un bon Dieudonné... (est nominé pour le meilleur wordgame du siècle)... Continuons avec un de ses meilleurs rôles sinon le meilleur - en tous cas le plus impressionant - dans Comme Un Chien Enragé (At Close Range) de James Foley, en 1987. Il y interprète - et même plus - un véritable fou furieux, gangster de son état, une brute épaisse comme la Bible en dix volumes, un salopard fini à la pisse de rottweiler, une bête avide de sang, de viande froide et de douilles qui ricochent, revancharde, haineuse, pourrie jusqu'à la moelle, plus mauvaise que l'haleine d'un vautour constipé et plus déterminée à tuer qu'un SS en intérim à Birkenau. Dans ce rôle à sa grande démesure, avec des textes jouissifs qui lui collent à la peau et des regards noirs à fair fuir tous les démons de l'enfer, Walken impressionne et cartonne à fond les ballons. Ici, ce n'est même plus un simple délire genre "ouais, je suis un gros dur, parce que j'ai un flingue bien huilé et des dents en acier et que si je lâche une caisse je réduis toute cette putain de métropole à l'état de cendres", non non non, rien à voir... Là, on touche au Gangster, avec deux G majuscules, et le petit "angst" au milieu qui veut tout dire. Avec ce rôle bestial, Walken fait carrément passer le Kitano de Blood & Bones pour un Casimir sous valium et le Pacino de Scarface pour ce qu'il est : un pauvre guignol. Nan, là, on ne rigole pas mes agneaux: ça bastonne sec, ça blaste et ça roxe méchamment, aux côtés d'une bonne caboche encore jeune à l'époque mais déjà pleine de talent: Sean Penn, ainsi que d'un autre fou furieux insoupçonné jusqu'alors, le jouissifissime Crispin Glover, à qui je compte bien consacrer un article un de ces quatre matins. Bref, pour faire court et pour faire simple: ça déchire les mirettes. Cette interprétation assomante finira d'assoir la réputation du prédateur Walken aux yeux du grand, du petit et du moyen public. Belle preuve de férocité, sans artifices, sans surjeu, sans fausses émotions, moustache à l'appui. Comme toujours, Walken vit ses personnages au plus profond de leur chair et ça se voit. Et c'est beau... comme en 1988, dans ce film désuet de Eugene Marner, Cannon Movie Tales: Puss In Boots, où Walken donne la réplique à ce qui se veut être le chat botté moderne... clin d'oeil avant l'heure à son apparition furibarde et orgasmique de dératiseur, dans le sympathique La Souris, un crachin numérisé et drôle de chez Dreamworks commis par un certain Gore Verbinski dix ans plus tard. Passons sur Milagro de Robert Redford (comme la mienne mais sans les jantes allu), Biloxi Blues de Mike Nichols, et Homeboy de Michael Seresin, trois films eux aussi sortis en 1988 mais que j'ai pas vu, pour parler du retour de Walken dans la série B. Sauf que cette fois, la série B en question est loin d'être du même acabit que Brainstorm ou Dead Zone. Là, on touche à la daube pure et simple, avec le Communion de Phillipe Mora, torché en 1989. Si je prends la peine capitale de vous parler de ce petit film caca où on voit des extraterrestres aussi extraterrestres que l'emballage plastique d'un sandwich dans la poubelle d'une aire d'autoroute, c'est parce qu'il amorce le côté désagréable de la carrière du grand Walken: le côté navet. Eh oui, aucun acteur ou presque n'échappant à la règle, notre Christopher jouera lui aussi dans un nombre conséquent de bousins cinématographiques, que je prendrais soin de vous montrer du doigt pour vous éviter de perdre du temps, de l'argent, de l'estime pour le grand Christopher (même s'il joue bien dedans, je vous le concède), et surtout des neurones. Pour ce faire, c'est très simple: dès que vous verrez un "N" (comme Navet) en gras, comme ceci: N, eh bien cela voudra dire que le film en question est une merde infâme, selon l'évangile du bon goût, les critiques entendues de part et d'autre du globe, selon le dévouement de Christophe Lambert (tiens donc) pour ce genre d'entreprises foireuses ou selon moi-même. Mais l'heure n'en est pas encore au deuil artistique puisque l'année suivante - 1990, si vous me suivez - s'opère la rencontre magique entre un acteur immense, autrement dit Christopher Walken, et un réalisateur formidable: Abel Ferrara. Pour The King Of New York, Walken le prédateur retourne à l'essence même de son jeu d'acteur. Obscur, taciturne et fantômatique, il interprète un gangster sur la voie de la rédemption, avec une finesse incroyable qui contraste très nettement avec la grossièreté des autres personnages (dont celui interprété par le tâcheron Lawrence Fishburne, qui est à l'acteur ce que la couille est au poisson: rien du tout) à l'exception peut-être et même certainement du lascar joué par le bon David Caruso... Que dire de ce film, ou plutôt de ce petit chef d'oeuvre urbain ? Pas grand chose, à part que c'est un monolithe érigé à la gloire de Walken, une offrande inespérée à son talent et un terrain de jeu qui lui permet enfin d'exprimer tout l'éventail de son jeu d'acteur subtil et mystérieux. Tout ça grâce au bon goût de Ferrara, qui à eu le mérite de servir à Walken, et sur un plateau d'argent s'il vous plaît, l'occasion de se donner au maximum. Dès cette année bénie, ils deviennent amis et leur relation professionelle se poursuivra pour notre plus grand bonheur. Année suivante, McBain de James Glickenhaus, un petit film que je n'ai pas vu mais qui a en son sein (ce qui me tétonne) l'acteur aux sourcils circonflexes Michael Ironside. Sûrement pas le meilleur de ses films, mais peu importe. Dans Etrange séduction (The Comfort of Strangers), de Paul Schrader, Walken interprète avec sa générosité et son aisance/élégance naturelles un riche italien, séducteur de surcoît. Changement de registre brillant comme un diamant aux facettes multiples, qui prouve que le bonhomme peut se charger de l'amour comme de la mort: avec une classe absolue. Ensuite, une petite comédie faiblarde sur le milieu du cinéma, Holywood Mistress, réalisée par Barry Primus. Puis - attention - en 1992, la suite de Batman, c'est à dire Batman, Le Défi, réalisée par vous savez qui (si vous ne savez pas, vous n'êtes pas au courant des dangers encourrus par la planète, comme la fonte des glaciers au pôle Nord, la pollution atmosphérique et le réalisateur de ce film, justement). Sa prestation est impeccable, puisqu'il a l'audace de tuer (enfin, d'essayer de tuer) l'insupportable Michelle Pfeiffer en la balançant du haut d'un building et en la laissant se scratcher sur le tarmac comme une merde. Ses cheveux, par contre c'est une honte: péroxydés à mort, genre Mötley Crüe. Faut vraiment être lamentable pour oser défigurer un dieu vivant comme Christopher Walken. Justement, l'auteur de cette insulte capillaire au talent n'est autre que Tim Burton, qu'il retrouvera quelques sept ans plus tard pour le difforme et fienteux Sleepy Hollow (N), dans un rôle qui le ridiculisera encore davantage à son insu, puisque pour seuls dialogues le malheureux Chris Walken n'aura que quelques grognements à pousser, un rot à lâcher et trois pets. Raaah, Tim Burne-ton, cette minable chiasse du septième art, qui ne sait même pas compter jusqu'à trois s'il fallait encore le rappeler ! Pour ne pas susciter de polémiques et pour éviter les sujets qui fâchent, vous comprendrez volontiers que je passe au film suivant sans délai. Un film dans lequel à joué Walken, of course, et qui n'est autre que Le Grand Pardon II d'Alexandre Arcady. Comme vous le savez sans doute, les deux volets du Grand Pardon ne sont autres qu'une vulgarisation contextuelle des Parrain I et II, sans relief, avec Roger Hanin (le gros imbu de sa personne, qui joue toujours de la même façon). Seul intérêt: voir les brèves apparitions de Walken, quand le reste du film nous offre le contraste infâme qu'est la présence de Roger Hanin, qui nous montre tous ses défauts d'acteur gros et con hanin un, et Richard Berry, moins mauvais mais tout aussi imbuvable (surtout à cette époque où on l'aurait aisément cru sorti d'une pub pour déodorant). Bref, la suite (l'article traîne en longueur donc faisons vite !) avec son apparition unique et magistrale face à Dennis Hopper, dans le bousin produit par Tarantino et réalisé par Tony Scott en 1993, True Romance. De ce film long, chiant et passablement inintéressant, on ne retient que deux scènes géniales sous forme de sketches débridés: la première est celle où Gary Oldman mange des nouilles devant Christian Slater (arrivé splus tard) et la seconde - celle qui nous intéresse - nous montre un Walken qui s'autoparodie superbement en mafieux italien ultra-mega-caricatural dans le script mais juste impérial ici, face à un Dennis Hopper absolument dantesque dans son délire. C'est d'ailleurs dans cette scène que Walken prononce le titre de cet article (s'il avait su les conséquences à l'époque, ah ah ah). En 1994, dans D'une femme à l'autre (N) de Charlotte Brandström, une comédie sentimentalo-foireuse aux côtés de Carole Bouquet. No comment, disons juste que de le voir jouer avec une actrice telle que Bouquet, c'est le carole ! La même année, Wayne's World 2 (N) de Stephen Surjik, et Pulp Fiction, de notre ami à menton double et à imagination simple, Tarantino. Le monologue qu'il balance à la gueule du spectateur le place au-dessus de tous les autres acteurs de ce crachin, même Harvey Keitel. En 1995, Walken se retrouve enrôlé dans Wild Side (tiens donc), un thriller basique réalisé par un fumeur de Marlboro invétéré, Donald Cammell. 1995, année étrange pour Walken, qui se retrouve coup à coup dans The Prophecy (N), de Gregory Widen, et Search And Destroy de David Salle où il retrouve Dennis Hopper. En 1996, pas de nouvelle optique pour le grand Walken, juste quatre bons films pas piqués des cannetons: Dernières Heures à Denver de Gary Fletcher, The Addiction et Nos Funérailles de Abel Ferrara, dans lesquels on retrouve un Walken plus à l'aise que jamais dans son environnement naturel, et Meurtre en suspens, avec Johnny Depp, l'acteur profond. En 1997, dans Dernier Recours (Last Man Standing) de mon pote Walter Hill (The Warriors), dans lequel il interprète un Hickey "just" impeccable... puis, la même année, dans Basquiat de Julian Schnabel, Touch (N), de Paul Schrader et Roseland de James Ivory, une histoire de dancing qui n'envoie pas valser grand chose à part quelques bons plans dans le générique de fin... Dès 1998, Walken amplifie la cadence, en jouant de plus en plus, au rythme moyen de quatre-cinq films par an: The Eternal (N), de Michael Almereyda (un bousin horrifique sans nom), La Souris de Gore Verbinski, avec ses gadgets pour tuer des blattes dans un film qui est pourtant loin de donner le cafard, mais qui est réalisé par un cancre las. L'une des pires merdes dans lesquelles aie joué Walken est de cette-année là: il s'agit d'un certain Excess Bagage (N), réalisé par un tacheron du nom de Marco Brambilla. A voir peut être pour le joli cul d'Alicia Silverstone (contraction astucieuse de Sylvester et de Stalone). 1999 n'est pas une année top moumoute non plus, avec Y'a-t-il un parrain pour sauver ma mafia ? (N) de Lyndon Chubbuk (a vos souhaits), No Vacancy de Marius Balchunas (dans lequel il est crédité avec son surnom affectueux Ronnie... comme c'est mignon), puis Les Opportunistes de Myles Connell, dans lequel il revient enfin aux choses sérieuses, avec un rôle à sa hauteur et des chaussures de marque aux pieds. Maaais... la même année, c'est aussi dans une des pires ressucées daubesques de Tarantino, Ritchie et consort que Walken va tremper. J'ai nommé l'abject, le pourrissime, le nauséeux, le pompeux et visuellement abdominable Suicide Kings (N) d'un jeune qui ne sait pas ce qu'il fait nommé Peter O'Fallon. A partir de là, il me semble plus judicieux de ne pas s'éterniser sur la filmographie - au détail - du grand Christopher, au risque de vous dégoûter. Non. Disons simplement, très chers agneaux en sucre mou, que le reste de la carrière de Walken est ponctué, au même rythme, de films bons, convenus, ou carrément merdiques. Plus de chefs d'oeuvre depuis un Nathalie, mais toujours cette présence qui déchire l'écran. Ajoutons qu'il a réalisé un film en 2001, intitulé Popcorn Shrimp, qui a fait un véritable ventre au box-office et que je n'ai même pas vu de mes yeux vu (ce qui n'est pas un gage de médiocrité, je le rappelle à qui ne veut pas l'entendre), et qu'il a ouvert un restaurant en partenariat avec son vieux copain Bobby De Niro. Comme quoi les meilleurs du métier ne sont pas forcéments ri(de)vaux.
En bref, mes brebis chéries, Christopher Walken aura marqué trois décennies cinématographiques à travers finalement peu de grands films, mais énormément d'interprétations jouissives, même dans les pires navets avec lesquels il ait pu pactiser. Walken, l'acteur au regard profond. Walken, l'acteur obscur. Walken, l'acteur tout de noir vêtu, l'acteur noir, noir, noir... enfin, noir, je me comprends... Evidemment, Walken n'est pas noir dans le sens racial du terme, mais il aurait bien pu l'être... D'ailleurs à son sujet j'emploie à l'envi le sobriquet de "Miles Davis de l'Actorat". Ouais, Miles Davis... parce que voyez-vous, mes agneaux, une prestation de Walken c'est un peu comme un bon disque de jazz: on ne cesse de la redécouvrir, d'y apprécier à chaque fois des subtilités délicieuses qui nous avaient échappé lors des premières séances... comme une source intarissable... voilà pourquoi le jeu de Walken est grand, incroyablement riche et subtil: parce que chacune de ses interprétations recelle plusieurs jeux en un seul. Mais c'est à l'acteur attentif qu'il convient de mettre à jour les différents angles d'interprétation développés par ce génie, les différents pièges qu'il tend au spectateur au détour d'un clin d'oeil, d'un sourire ou d'un geste en apparence anodin. Ange ou démon ? Manipulateur ou manipulé ? Pourquoi pas les deux ? A vous de le découvrir au travers d'une filmographie riche en interprétations magistrales...
Christopher Walken, le meilleur acteur du monde ?
La réponse est juste en-dessous.
Clapotis